
Dépression, hormones, postpartum, périménopause : la recherche progresse, mais de nombreuses questions restent encore sans réponse sur la santé mentale des femmes.
La santé mentale des femmes : un continent à explorer ? Oui, selon l’Assemblée nationale. Dans son rapport sur la santé mentale des femmes publié en 2023, l’Assemblée nationale souligne que « la santé mentale fait l’objet d’une attention beaucoup moins soutenue que la santé physique, à la fois pour les professionnels de santé et pour les pouvoirs publics ».
Ce manque d’intérêt, conjugué au fait que la médecine est pensée et organisée par rapport à un modèle de référence qui est le modèle masculin, explique que les spécificités féminines dans le domaine de la santé mentale sont généralement méconnues, y compris dans le milieu médical. »
Et cet angle mort ne concerne pas uniquement la santé mentale. La médecine a longtemps mis de côté les spécificités du corps féminin. Dans une étude du CNRS Le Journal, Colette Denis chercheuse en pharmacologie, rappelle que « Jusqu’à une époque pas si lointaine, les femmes étaient considérées comme des hommes en plus petit ». Pendant des décennies, le corps masculin a servi de référence à la recherche médicale, tandis que certaines spécificités féminines ont étaient reléguées au second plan.
Les femmes sont davantage touchées par la dépression
Selon l’OMS, la dépression est environ 1,5 fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Elle concerne 6,9 % des femmes adultes contre 4,6 % des hommes dans le monde.
Pourquoi ?
Il n’existe pas de réponse unique. Les chercheurs évoquent plutôt une combinaison de facteurs biologiques, hormonaux, psychologiques et sociaux. Les hormones peuvent notamment jouer un rôle à certaines périodes de la vie, sans pour autant expliquer à elles seules les différences observées.
Les œstrogènes et la progestérone, par exemple, interagissent avec plusieurs mécanismes cérébraux impliqués dans la régulation de l’humeur. Cela ne signifie pas que les hormones sont responsables de la dépression ou de l’anxiété, mais qu’elles peuvent participer à la façon dont certaines femmes y sont vulnérables. Des mécanismes biologiques qui ont, pendant longtemps, été insuffisamment étudiés.
Un manque d’informations persistant
Ce déficit de connaissances se retrouve aussi dans le quotidien, et notamment lors de certaines grandes étapes de la vie des femmes.
Le postpartum, par exemple, peut aller bien au-delà du baby blues : dépression, anxiété et, beaucoup plus rarement, psychose postpartum.
Cette dernière concerne environ 1 à 2 femmes pour 1 000 accouchements et constitue une urgence psychiatrique. Elle peut provoquer confusion, hallucinations, idées délirantes ou changements extrêmes de l’humeur, selon l’Assurance Maladie.
C’est dans ce contexte que l’affaire de Lindsay Clancy, accusée d’avoir tué ses trois enfants en 2023, a remis la psychose postpartum au centre de l’attention. Sa défense plaide son irresponsabilité pénale, à cause de cette maladie mentale postpartum sévère. L’accusation conteste cette interprétation. Le procès est toujours en cours à l’heure actuelle (août 2026).
Les passages à l’acte violents restent extrêmement rares. L’enjeu est surtout de mieux reconnaître les situations psychiatriques graves.
Quant à la périménopause, là aussi du chemin reste à faire. Une étude américaine publiée en juillet 2026 dans la revue Menopause, menée auprès de plus de 7 600 femmes âgées de 35 ans et plus, met en évidence un autre manque de connaissances. Parmi les femmes de 40 à 44 ans, 42 % ne savaient pas à quel stade de leur transition reproductive elles se trouvaient, rapporte Le Point.
On découvre souvent la périménopause au moment même où elle commence à nous déstabiliser.
Les femmes prennent aussi la parole
Les témoignages contribuent à rendre visibles des expériences longtemps restées dans l’ombre. Parler permet de briser certains tabous, mais aussi d’informer, de donner des repères à d’autres femmes et de rassembler.
En mai 2026, Hayden Panettiere avait choisi de parler ouvertement avec Jay Shetty de son expérience de la dépression postpartum, de l’addiction et des traumatismes.
Comprendre la santé mentale des femmes implique notamment de mieux étudier les interactions entre hormones, cerveau, génétique, sommeil, traumatismes et environnement, tout au long de leur vie.
La recherche commence progressivement à combler ces lacunes. En juillet 2026, l’Union européenne a annoncé plusieurs initiatives. Le but ? Mieux intégrer les différences entre les sexes dans le développement et le suivi des médicaments.
De nouvelles études s’intéressent également aux liens entre les spécificités biologiques féminines et la santé mentale.
À retenir
- Les femmes sont 1,5 fois plus touchées par la dépression que les hommes.
- Les hormones peuvent influencer la santé mentale, mais elles ne l’expliquent jamais à elles seules.
- La psychose postpartum concerne 1 à 2 femmes pour 1 000 accouchements.
- 42 % des femmes de 40 à 44 ans interrogées dans une étude récente ne savaient pas à quel stade de leur transition reproductive elles se trouvaient.
- La recherche commence à mieux intégrer les spécificités biologiques féminines.




